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ELLE VA ENCORE GAGNER
La lave déferle vers lui à grande vitesse. Il
ne la sent pas encore, mais il adopte déjà une attitude de
défense !
Elle se divise en deux parties bien distinctes.
L’une vers la gauche, l’autre vers la droite.
Remontant la pente allégrement, elle brûle,
casse, déchiquette tout sur son passage.
D’un côté comme de l’autre, cela tire de toutes
parts. Il ne sait plus comment il en est arrivé là, mais il
est incapable de se défendre et surtout de crier, tant son
souffle est coupé par la douleur et la surprise !
N’est il pas prémuni contre ce genre de
choses ?
N’a t'il pas, depuis quelques jours enfin,
l’arme idéale contre ce genre d’agression ?
Elle s’en moque, elle rit, elle rit ! Plus elle
remonte, plus elle prend toute la place. Pas une parcelle ne
lui échappe !
Arrivées à une intersection, les deux parties
se regardent, en éclatant d’un rire sardonique, et unissent
leurs efforts maléfiques pour envahir le vallon où, là alors,
elle s’étale avec volupté jusqu'à escalader les parois.
Parois franchies, elle remonte des deux côtés,
paroi dos et paroi devant, et rien ne lui échappa. Il lui
lance deux des armes censées, pourtant, pouvoir parer ses
attaques : Mais elle rit, elle rit ! A s’en faire péter la
sous-ventrière, c'est le cas de le dire !
Là, il croit que sa dernière heure est venue.
Il ne peut pas et ne veut pas crier ! On ne doit pas savoir
qu’il est là à 2 h du matin. Il regarde l’heure : cela fait
déjà plus de 90 mn qu’elle s’amuse avec lui. Tantôt elle le
brûle, tantôt elle le broie, tantôt elle le tord. Il n’entend
rien. Pas un bruit autour de lui. Que ces petits cris : hum,
hum, hum. C’est tout ce qu’il peut faire et c’est comme cela
qu’il s’aperçoit que c’est lui qui les pousse.
Rémission. Ouf, enfin ! Diminution des
brûlures, des torsions, des… enfin de tout ce quelle sait
faire pour lui montrer qui est le maître ou la maîtresse !
Puis cela reprend de plus belle. Pourtant cela
monte. Mais elle a une telle force que l’escalade ne lui fait
pas peur. Elle avance avec aisance, comme un mannequin sur un
podium, monté sur ses escarpins !
De nouveau elle se sépare en deux, redescend
tranquillement, prenant son temps, fouillant les moindres
petits recoins, malgré la deuxième contre-attaque qu’il a
lancée contre elle. Il ne sait plus depuis quand il a perdu le
sens des réalités. Il ne sait plus depuis combien de temps
elle est maîtresse de la situation. Il sait que personne ne
viendra l’aider à s’en sortir. On le lui a déjà dit :
Personne, personne ne viendra à ton secours, personne. Et rien
ne saura te délivrer d'elle. Elle fait ce qu'elle veut de toi,
quand elle veut. Et tu ne peux rien.
Ha ! Ha ! Ha ! Comme elle se régale, la garce,
dans cette descente. Car elle sait que le meilleur moment va
arriver pour elle.
Par petits bouts, elle se divise et
recommence ! Entrant dans les petits endroits, en haut, en
bas, par les côtés, elle reprend de la vigueur. Allez ! Allez
! Fouillez ! Brûlez tout ! Cassez tout ! Il ne doit rien
rester là où nous sommes passées !
Il en est arrivé à ne plus pouvoir pousser ces
petits : Hum ! Hum ! Il est désarmé comme toujours devant
cette saloperie de bestiole. Ce serpent venimeux. Pis : ce
dragon qui, quand il le veut, fait de lui un pantin
désarticulé !
Sa tête va exploser. Il faut faire quelque
chose, pour essayer de ne pas la laisser totalement gagner.
Occuper le haut ! L’empêcher de passer. Malgré toute
l’attention qu’il porte à ce qu’il fait, elle arrive à
s’infiltrer et tout est envahi.
Du bas jusqu’en haut tout est détruit, brûlé,
carbonisé, comme quand un anaconda constrictor prend une proie
entre ses anneaux et la broie. Sauf que là c’est le silence,
juste le silence, un silence de mort.
Il dodeline, se balance d'avant en arrière, de gauche à
droite. Il s’aperçoit que le haut est mouillé et qu’il ne peut
rien faire pour essuyer cette eau qui coule des ouvertures.
Il sent qu’également le haut brûle très fort.
Il se regarde dans la glace : il est griffé au sang. Et
consciencieusement il continue à se griffer. Mécaniquement, il
repasse aux mêmes endroits.
Une porte s’ouvre. Un être de joie apparaît,
tout endormi. Il est 6 heures du matin. La bête a envahi la
boule du haut et c’est pour cela qu’il se griffe.
L'être de joie lui prend les deux mains pour
qu’il arrête ce geste mécanique. Et là un déclenchement se
fait en lui : il hurle, crie, se tape la tête contre le
bureau, se débat, insulte cet être de bonté qui le maintient,
lui parle doucement avec des gestes tendres, lui explique que
maintenant qu’il est là cela va changer. Mais non ! Rien ne
change. Enfin ! L’autre ne comprend pas ? Pas encore ? Depuis
tant d’années que la déferlante gagne toujours, et ne s’arrête
que quand elle le veut !
Pars ! Retourne te coucher ! Laisse moi ! Je
veux partir rejoindre le pays des bienheureux. S’ils n’en
reviennent pas c’est qu’ils s'y trouvent bien. Alors va te
recoucher, laisse moi faire ce que je dois faire pour que cela
s’arrête, que ça s’arrête enfin !
Mais, ou la déferlante en a assez de jouer avec
lui, ou l’être de joie a été le plus fort, enfin le calme
revient. Presque le calme. Par endroits elle laisse des petits
morceaux d’elle. Des gâchettes, c’est comme cela qu’elle les
appelle : ses gâchettes !... Histoire de lui rappeler qu’elle
reviendra…. quand elle voudra !
Au fait je ne vous ai pas présentés !
Lui : C'est mon corps.
L’être de joie et de tendresse : C'est mon
mari.
La lave déferlante, le dragon de feu, le
broyeur, cette bête immonde et intraitable avec laquelle on ne
peut négocier, c'est
FIBROMYALGIE

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