Dans le couloir de mon imagination s’élèvent de
grands murs à la base desquels se recroquevillent
par tas tous mes souvenirs. Je les longe lentement morfondu par
l’inconnu.
Tout au bout jaillit une lumière éblouissante à
travers laquelle se dessine une silhouette quasi imperceptible. Je brandis mon
bras droit sur mes sourcils pour protéger ma rétine de son éclat .Puis
lentement la lumière s’assombrit me permettant ainsi de te reconnaître.
Progressivement le couloir se
transforme en un jardin de fleurs duquel je hume l’odeur de ton parfum. Au
fond, dans un coin de ciel bleu, se dessinent deux gros nuages blancs qui
portent le poids de notre séparation .Puis tu t’avances dignement vers moi
me paralysant de ce dernier sourire que ma mémoire a sauvegardé. Tu es parti
si vite et ce depuis trop longtemps déjà ! Ce que tu peux me manquer, CHER
PAPA!!!
D’un geste paternel tes bras m’invitent et
les`` QUAND tu seras un homme`` se transforment en ``MAINTENANT``que tu
es un homme``, écoute bien ceci. Mes yeux fixent tes lèvres pour enregistrer
chaque mot qui s’y formule. Et, comme par le passé, je me donne à toi pour
l’audition de tes recommandations.
<<Tu sais fiston, j’ai piétiné les sentiers de
la vie pour vous....prends-les et ne crains rien, ils te ramèneront vers moi.
Rappelle-toi qu’ensemble nous avons martelé les madriers jusqu’à en
faire un chalet près du lac. Un arbre a grandi juste à coté. L’été, il
s’est recouvert de feuilles sur lesquelles se sont posés chacun de nos
sourires et chacune de nos chamailles. L’automne a entraîné dans leur
chute les chicanes et les malentendus. Sur le bout des branches l’hiver a
glacé la haine et la rancœur. Le printemps a éveillé le pardon et à
travers sa reconnaissance, a accueilli L’amour avec lequel je vous ai tant
chéris! Ce scénario s’est rejoué pendant plusieurs années. Et je suis
parti amenant avec moi tous ces bons moments qui ont forgé mon bonheur grâce
au soutien irréprochable de votre mère attendrie. Puis le chalet
a été vendu et l’arbre ...coupé! Fiston, il faut reconstruire
maintenant. Comme je t’ai enseigné à toi et aux autre, prend le marteau et
fabrique avec droiture les murs de la reconnaissance. Avec la masse écrase la
jalousie qui répand son venin de division .Avec l’étau resserre les
anneaux brisés et
reconstruit la chaîne qui prodigue l’union comme je te l’ai appris. Si tu
te blesses en travaillant, n’abandonne pas mais rappelle-toi que je suis
virtuellement là pour soigner tes plaies. Ne laisse pas le mal vous détruire
il pourrait finir par s’en prendre qu’à toi. Remémore à tes frères et
sœur que chacun de vous était ma raison de vivre, le résultat de mes désirs
et la fierté de mon orgueil!
Tu me serres fort dans tes bras pour ensuite repartir
vers le couloir. Ma main te retient... en vain! Tu t’éloignes lentement
marquant ton visage de ce dernier sourire. Je sens la révolte monter en moi
mais j’y résiste. La maturité qui émane de mes rides me rappelle que je
suis un homme MAINTENANT! Malgré cela, je voudrais tant que mon présent soit
mon passé. Je voudrais tant entendre à nouveau le bruit de ton marteau sur
les madriers. Je voudrais tant... je sens alors ta main tapoter mon épaule et
je t’entends me redire :``Va fiston, va sur le chemins que je t’ai
tracés et souviens-toi qu’un jour ils te ramèneront à moi, va....
Je lace d’une larme les cordons de mes souliers et mes
semelles s’imprègnent de la fidélité que tu m’as inculquée. Je
reprends rassuré les chemins de cette vie.... celle que tu m’as donnés.
Comme toi, armé du courage et le soutien précieux de ma douce, je bâtirai
un éternel regard sur le
lac. De ton pas je piétinerai les sentiers pour les miens. N’oublie jamais
papa qu’avec fierté l’encre de ton image coulera à jamais sur le papier
que je suis..!! Merci de m’avoir précédé cher Roger et pour tous ces
moments avec nous....Par ton amour ils alimenteront à jamais ma mémoire!!!
19 Août 2002
Écrit par Claire Lefebvre


